Intolérance au lactose

Faut-il supprimer le fromage ?

La suppression de tous les produits laitiers est rarement justifiée en cas d’intolérance au lactose, sauf dans les formes sévères. Dans la plupart des cas, certains produits laitiers comme le yaourt et certains fromages sont parfaitement tolérés. - Texte et photos : Karott.

 

Comme le gluten, le lactose est souvent présenté par de nombreux influenceurs et autres gourous comme une substance qu’il faut supprimer de son alimentation. En réalité, il n’y a que dans certaines situations que cela se justifie : en cas d’intolérance au lactose. Dans ce cas, le lactose, le sucre naturellement présent dans le lait, n’est pas « coupé » lors de la digestion en ses deux sucres constitutifs : le glucose et le galactose, qui peuvent facilement être assimilés et utilisés comme source d’énergie. Dans l’intolérance au lactose, le lactose qui n’est pas assimilé continue sa route vers le côlon, où il sera fermenté par les micro-organismes présents dans le microbiote intestinal, ce qui entraine la formation de gaz.

Intolérance ou maldigestion du lactose, quelle différence ?

La maldigestion du lactose entraîne la production de gaz, mais c’est sans gravité, il n’y a pas de douleurs. La maldigestion du lactose est fréquente dans le monde, mais avec des différences importantes d’une région à l’autre : elle touche environ 9 personnes sur 10 en Asie de l’EST, 7 à 8 personnes sur 10 en Afrique et au Moyen-Orient. En Europe, elle est plus faible, surtout dans en Europe du Nord – dont la Belgique – où elle touche de 5 à 20 % de la population selon les estimations. L’intolérance est un stade de maldigestion plus poussé, avec des symptômes gênants comme des ballonnements, des gaz, de la diarrhée, des douleurs abdominales, voire des maux de tête. Elle est moins fréquente que la maldigestion, mais plus grave et requiert de réduire fortement, si pas de supprimer le lactose. Dans la maldigestion du lactose, une petite quantité de lactose est généralement parfaitement tolérée.

L’importance de consommer des produits laitiers

Les produits laitiers sont riches en nutriments essentiels (calcium, protéines, vitamines B2 et B12…) et ils ont leur place dans une alimentation saine. Le Conseil Supérieur de la Santé recommande de consommer quotidiennement de 250 à 500 ml de lait ou équivalent laitier. Leur exclusion totale peut entraîner des déséquilibres. Il ne faut donc pas les exclure inutilement. Et même en cas d’intolérance au lactose, certains produits laitiers peuvent continuer à être consommés : c’est le cas du yaourt, et des fromages à pâte dure ou molle.

Yaourt : digérer grâce à la fermentation

Le yaourt ainsi que le kéfir – que vous pouvez aussi faire vous-même – contiennent du lactose, et pourtant, ils peuvent être consommés même en cas d’intolérance au lactose ! Pourquoi ? Parce qu’ils contiennent des ferments lactiques. Et oh magie de la fermentation lactique, ces ferments possèdent l’enzyme lactase nécessaire pour digérer le lactose, et qui fait défaut en cas d’intolérance au lactose. Résultat : lors de la digestion, la lactase apportée par les ferments va permettre de digérer le lactose. Cet effet est d’ailleurs reconnu par l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA).

Quels fromages peut-on consommer en cas d’intolérance au lactose ?

Tous les fromages ne se valent pas en termes de teneur en lactose. Pourquoi ? Parce que le lactose est très soluble dans l’eau. Donc lorsque l’on fait coaguler le lait, le lactose se trouve majoritairement dans la partie liquide qui s’écoule, à savoir le petit lait. Plus un fromage aura été égoutté, moins il contiendra de lactose. De plus, lors de l’affinage du fromage, le lactose qui subsiste va être utilisé par les ferments lactiques, ce qui réduit encore sa teneur résiduelle.

Donc, en cas d’intolérance au lactose, il faudra éviter les fromages frais (comme le fromage blanc, le fromage de chèvre frais…) ainsi que les fromages tartinables), car ils contiennent encore beaucoup de lactose. La maquée est aussi à éviter, car réalisée avec le petit-lait, sa teneur en lactose est relativement élevée. En revanche, les fromages affinés, qu’ils soient à pâte molle ou dure (Herve, fromages d’Abbaye trappistes type Orval, Chimay, Meule du Plateau…) ne contiennent plus que des traces de lactose : souvent moins de 0,1 g de lactose pour 100 g.

A chacun ses fromages

Il n’y a pas une alimentation qui convienne à tous. Et c’est aussi le cas par rapport à la quantité de lactose que l’on est capable de digérer sans encombre ou pas. Un des facteurs qui favorise la capacité à digérer le lactose est de consommer régulièrement, sans excès, des produits laitiers. De nombreux adultes n’ont plus l’habitude de boire du lait, donc d’être exposés à des quantités conséquentes de lactose, ce qui entraine une diminution de la capacité à digérer le lactose. Les fromages sont donc une bonne alternative pour continuer à consommer des produits laitiers avec un apport en lactose plus faible, souvent insignifiant. Et ça tombe bien, car il existe plus de 700 variétés de fromages en Wallonie ! De quoi permettre à chacun de faire un choix selon ses goûts et sa tolérance.